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Et si notre différence de désir n’était pas le vrai problème ?

30 sept.
5 min de lecture

Au début, on n’y prête pas forcément attention. L’un a envie un peu plus souvent. L’autre un peu moins. Puis, avec le temps, cette différence peut commencer à prendre de la place.

Pourquoi n’a-t-il ou elle plus envie de moi ?... Est-ce que je lui plais encore ?... Pourquoi est-ce que je me sens toujours sollicité(e) ?... Est-ce que nous sommes en train de nous éloigner ?

Peu à peu, ce qui n’était au départ qu’une différence de rythme peut devenir une source d’incompréhension, de frustration ou de culpabilité. Pourtant, dans un couple, avoir envie au même moment, avec la même fréquence et de la même manière n’a rien d’une évidence.

Et si le véritable problème n’était pas notre différence de désir, mais ce qu’elle finit par créer entre nous ?

Le désir n’est pas toujours synchronisé

Le désir évolue. Il peut être très présent à certaines périodes et beaucoup moins à d’autres.

Fatigue, stress, charge mentale, préoccupations professionnelles, enfants, changements hormonaux, maladie, traitements, rapport au corps ou simplement événements de vie peuvent modifier notre disponibilité au désir.

Et lorsque nous sommes deux, ces changements ne se produisent pas forcément au même moment. L’un peut donc continuer à rechercher une sexualité régulière alors que l’autre en ressent moins le besoin. Cela ne signifie pas nécessairement que quelque chose ne va plus entre eux. La difficulté apparaît souvent lorsque chacun commence à interpréter cette différence.

« Tu ne me désires plus ? »

Pour celui ou celle qui continue à avoir envie, les refus peuvent progressivement devenir difficiles à vivre. Tu ne me trouves plus attirant(e) ? Tu ne m’aimes plus comme avant ? Il y a quelqu’un d’autre ?

De l’autre côté, celui ou celle qui ressent moins de désir peut commencer à vivre chaque rapprochement avec une certaine appréhension : Si je l’embrasse, va-t-il ou elle penser que j’ai envie ? Si je me rapproche, est-ce que je vais encore devoir dire non ?

Et une mécanique peut alors s’installer. L’un cherche à être rassuré. L’autre cherche à ne pas se sentir obligé. Plus l’un se rapproche, plus l’autre peut prendre ses distances. Et plus l’autre s’éloigne, plus le premier peut chercher à se rapprocher.

Quand l’envie laisse place à la pression

À force, la sexualité peut devenir un sujet que l’on redoute presque d’aborder. Celui qui a davantage envie peut avoir le sentiment de devoir toujours faire le premier pas et vivre chaque refus comme une petite blessure supplémentaire. Celui qui en a moins peut, au contraire, commencer à ressentir une attente permanente.

Il ou elle va encore me demander… Je vais encore devoir dire non… Je vais encore le ou la décevoir…

Alors parfois, on accepte. Pour éviter une discussion. Pour ne pas blesser l’autre. Pour préserver le couple. Ou simplement pour avoir la paix.

Mais lorsque la sexualité commence à être vécue comme quelque chose que l’on « doit » à l’autre, le désir risque de s’éloigner encore davantage. Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais faire l’amour simplement pour faire plaisir à son ou sa partenaire.

La différence se situe peut-être ailleurs : est-ce que je choisis réellement ce moment, ou est-ce que je n’ose plus le refuser ?

Pouvoir dire oui est important. Pouvoir dire non sans craindre de mettre son couple en danger l’est tout autant.

« Si tu m’aimes, pourquoi tu n’as plus envie de moi ? »

C’est probablement l’une des questions les plus douloureuses lorsque les désirs ne se rencontrent plus. Parce que nous mélangeons facilement désir, amour et attirance.

Lorsque l’autre nous désire moins, nous pouvons rapidement en tirer nos propres conclusions : Je ne lui plais plus… Il ou elle ne m’aime plus comme avant… Notre couple est en train de s’éteindre.

Pourtant, aimer et désirer ne sont pas une seule et même chose. On peut aimer profondément quelqu’un et traverser une période où le désir est moins présent. On peut aussi avoir besoin de sexualité pour se sentir aimé, désiré, rassuré ou proche de l’autre.

Et c’est peut-être là que quelque chose d’important peut se comprendre.

Derrière « Pourquoi tu n’as plus envie de moi ? », il y a parfois une autre question : « Est-ce que je compte toujours autant pour toi ? »

Et derrière « Pourquoi faut-il toujours que tu aies envie ? », il peut aussi y avoir : « Est-ce que je peux être proche de toi sans que cela m’engage forcément à aller plus loin ? »

Lorsque ces questions peuvent enfin être entendues, on ne parle déjà plus seulement de fréquence des rapports. On commence à parler de ce dont chacun a réellement besoin dans la relation.

Quand même la tendresse devient compliquée

À force de vivre les rapprochements comme une possible invitation sexuelle, certains couples finissent par éviter… même la tendresse.

On s’embrasse moins. On se touche moins. On hésite à venir se blottir contre l’autre. Pas nécessairement parce que l’envie de proximité a disparu, mais parfois simplement parce que l’on ne veut pas créer de malentendu. Et c’est là que la distance peut s’installer autrement.

Car l’intimité ne se résume pas à la sexualité.

Elle peut être dans une main posée sur l’autre, un baiser, une étreinte, un massage, un regard, un moment partagé ou simplement le plaisir d’être proches.

Et si nous pouvions parfois nous toucher sans que ce geste ait besoin de mener quelque part ?

Retrouver cette liberté peut permettre à celui qui ressent moins de désir de se rapprocher sans appréhension. Et à celui qui en ressent davantage de retrouver une proximité qui ne soit pas uniquement mesurée à travers la fréquence des rapports.

Il ne s’agit pas de supprimer la sexualité. Il s’agit de lui redonner une place où elle peut être choisie.

Parce qu’entre ne plus se toucher et devoir aller jusqu’au rapport, il existe tout un espace d’intimité que le couple peut parfois avoir oublié.

Quand en parler ?

Il n’existe pas de nombre de rapports « normal » dans un couple. La question n’est pas de savoir si vous faites suffisamment l’amour. Elle est plutôt de savoir comment chacun vit la situation.

Lorsque cette différence devient source de souffrance, de disputes, de culpabilité, de pression ou qu’elle crée progressivement de la distance, il peut être utile de prendre le temps d’en parler.

Parfois, quelques mots permettent déjà de comprendre que derrière une difficulté sexuelle se jouent d’autres choses : le besoin d’être rassuré, la peur de décevoir, le sentiment de ne plus être désiré, la difficulté à dire non ou simplement le besoin de retrouver une proximité différente.

La sexothérapie peut offrir un espace pour mettre des mots sur ce que chacun vit, sans chercher à déterminer qui désire trop ou qui ne désire pas assez. Et lorsque la baisse ou la modification du désir est soudaine, persistante, douloureuse ou semble liée à un problème physique, hormonal ou à un traitement, un avis médical peut également être nécessaire.

Et si nous changions simplement la question ?

Peut-être que la question n’est pas : « Pourquoi n’as-tu pas autant envie que moi ? »

Ni même : « Pourquoi n’ai-je plus envie comme avant ? »

Mais plutôt : « Comment pouvons-nous retrouver une intimité dans laquelle chacun se sente libre d’avoir envie… ou de ne pas avoir envie ? »

Il ne s’agit pas forcément de retrouver le même désir. Il s’agit de pouvoir retrouver un espace où les deux peuvent à nouveau se rencontrer.

Et si nous commencions simplement par en parler ?

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